Archive for the ‘Addictions et drogues’ Category

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Ce que des amis, sans-abri racontent…

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Cherchez l’erreur !

Notre blog : utile ou pas utile ?… / appel aux candidats-bénévoles… / témoignages

Notre blog est-il utile ou pas ?
Cela mérite réflexion… Il y a du pour et du contre ! Donnez-nous votre avis !

Moi je suis pour, bien sûr ! Un de nos trois objectifs de base est de sensibiliser l’opinion publique à la vraie détresse des sans-abri. Le but n’est pas de faire un déballage malsain de la misère rencontrée en rue, qui pourrait inciter au voyeurisme, ni de vaciller dans une forme de pitié complaisante, mais de changer votre regard et de vous indigner de certaines situations inacceptables…

Il  me paraît donc, non seulement bon, mais indispensable de rappeler de temps à autre, la réalité de la détresse de rue et de souligner que ce sont des personnes humaines que nous côtoyons !

L’hiver est terminé et les abris de nuit ont fermé leurs portes. Et donc les sans-abri n’ont plus guère d’endroits pour passer la nuit ! Comme par le passé, c’est le retour à la rue ! Bientôt ce sera l’été avec les départs en vacances. La plupart des associations caritatives et sociales fermeront leurs portes une semaine ou deux et donc la solitude se fera encore plus sentir !

Nous avons besoin de bénévoles
Les Sentinelles de la Nuit continuent de tourner durant toute l’année. Mais il faut comprendre que c’est un travail ingrat et que la lassitude se fait parfois sentir. Personne n’est à l’abri. Je sens bien que certaines équipes en font de trop. J’en profite donc de l’occasion, pour faire un appel aux candidats-bénévoles.
Il n’est demandé aucune qualification particulière ; juste pouvoir se mettre à l’écoute des plus démunis, avec empathie et sans jugement. Laissez tomber vos préjugés et vos craintes. Vous ne serez jamais seul(e), mais toujours accompagné d’un ou deux bénévoles. Nous demandons aux candidats d’être disponibles une soirée par quinzaine, soit de 20h à +/- minuit.
Nous insistons plus sur la régularité que sur les fréquences… La fidélité est une qualité dont les sans-abri ont grandement besoin.  Mais nous serons heureux aussi de pouvoir accueillir, ne serait-ce ponctuellement des ppersoones qui pourraient prendre place comme réserve.
De la violence à notre égard ???  Jamais !!!  Au contraire, c’est de bienveillance et de prévenance, dont il est question.
Si vous êtes intéressé(e), contactez-nous et nous conviendrons d’un rendez-vous pour connaître vos attentes et partager notre vision de l’approche des plus démunis.

Témoignage d’un jour passé
                    
Par la force des choses, ce soir-là j’étais seul… Je n’ai pas voulu faire appel à certains jokers, qui en font déjà tellement… IL faut savoir que les plus engagés (mais ce n’est pas une obligation) ne se contentent pas d’une tournée d’écoute en soirée, mais proposent parfois une aide, un accompagnement en journée.

Je pars avec café, soupe, eau et un gros sachet rempli de viennoiseries.
Il fait bon et il y a du monde en ville. Deux points de chute et mes sacs, rapidement vidés, auraient pu laissé croire que la tournée fut vite terminée… Oui mais, c’était sans compter la demande de M…

Dans le bas de la rue Saint-Gilles : un premier petit attroupement de huit personnes : L’un attend un sac de couchage promis, un autre attend deux couvertures. L’ambiance est tantôt chaleureuse, tantôt pathétique.
« Regardez : Voici une ordonnance pour de la morphine ; j’en consomme beaucoup pour ma tumeur au cerveau… Mais je n’ai pas d’argent pour payer les médicaments !  »

Les sacs déjà bien lestés, je continue ma route…

Place Cathédrale
, personne ! Sinon des étudiants et autres badauds.

Rue Saint Paul
 : Je suis surpris de retrouver les compères S. et S. Ils viennent de sortir de Lantin ! Pour beaucoup de sans-abri, Lantin est un endroit de passage (obligé)… Et donc, le retour à la vie – pardon, à la rue – est d’autant plus pénible. Nous en savons quelque chose : plusieurs bénévoles sont aussi visiteurs de prison. Nous prenons plaisir à constater que certains se refont une santé dans ce cadre, peu enviable pourtant, qu’est la prison.
Nerveusement, les deux larrons faisaient l’inventaire de leur butin, péniblement acquis en faisant la manche. A vue d’œil, la recette me parait trop maigre que pour se payer une chambre pour la nuit. Mais je ne suis pas naïf, leur premier besoin sera de se procurer quelques grammes de ce qui les tuent à petites doses. Affairé avec cette monnaie sonnante, je comprends que ce n’est pas le moment de faire un brin de causette. A les voir, je pense qu’ils devaient effectivement être plus heureux en prison. Je me sentais impuissant devant cette détresse à fleur de peau. L’un d’eux avait son visage couvert de pustules.

Petit parc au bout de la rue Saint-Paul : un groupe plus important, mais aussi plus désoeuvré par la drogue et l’alcool… Pourtant la seule dame rencontrée ce soir, me paraissait enjouée… Il faut dire que L… a été interviewée par la TV pour l’émission « Sans chichi » ! Alors elle est très fière !
Elle passera un de ces matins sur la RTBF, mais ne sait pas exactement quel jour.
Je revois enfin celui qui aime se faire appeler Chris de nerf : il est content de me voir, après tant de temps ! Jadis, nous avons fait des démarches ensemble, mais hélas, il est toujours errant ! J’en vois un autre dont le visage s’illumine à l’appel de son prénom… Il y avait aussi le clochard de toujours qui , pareil à lui-même, donnait de la voix ; comme un vrai chef !
Ce petit groupe à tendance alcoolique, juxtapose un autre groupe plus junkies dont j’ai peine à mesurer la détresse : j’en vois un, bourré de percings et de came, d’une maigreur affolante, dans un bien triste état !
Je préfère rester en compagnie du groupe « alcolo » où les cris de détresse de l’un d’eux me prennent à bras le corps ! Je m’assieds à côté de lui. Il ne comprend pas que ses demandes incessantes n’aboutissent pas ! Il parle de ses crises de folie et de son besoin impérieux d’être soigné ! Je lui promets de prendre contact avec le Centre de Lierneux, là où un dossier de pré-accueil a déjà été établi.
Je quitte le groupe, dépité, les sacs vides…  Inutile d’aller plus loin…

Sur le chemin du retour, je croise M…, les yeux grands ouverts ; il m’aperçoit comme son sauveur… et pour cause !
Il râle d’abord ferme sur les transports par chemin de fer : A cette heure-ci, il n’y a plus aucun train qui va sur Charleroi, même via Bruxelles ! Il exhibe son ticket d’avion à destination de Milan : Envol 5h50. Il est plus qu’embarrassé : une affaire administrative urgente l’oblige à ce déplacement.
Je mesure sa détresse et finalement, je le conduirai.
Ce faisant, je n’ai pas su apporter en fin de tournée, les deux couvertures demandées par celui qui prend de la morphine pour soigner ses douleurs de tête

Remarque 
: Si la méfiance et la violence sont omniprésentes parmi les  désœuvrés alcooliques, drogués, dérangés psychiquement et autres paumés,  – les uns, de plus en plus, abandonnent leur squat par crainte des autres  -, il est bon de pouvoir découvrir ci et là des moments de franches camaraderies et de soutiens.
Ainsi, avant de commencer ma tournée ce soir, j’ai aperçu de ma voiture, Place Saint Lambert, notre brave M…, poussant dans une grimpette, F… dans sa chaise roulante… Un peu plus loin, sur le boulevard d’Avroy, A… et A…, assis sur un banc, en grande conversation amicale… Ainsi encore, il y a 15 jours, c’était une joie de constater comment plusieurs gaillards de la rue, se sont sentis interpellés pour apporter une  solution à ce jeune, fraîchement tombé dans la rue…

Ce qu’il faut savoir de la rue… C’est que la plupart des personnes rencontrées souffrent de troubles psychiques plus ou moins graves. Hélas, tous les centres spécialisés sont complets ; alors on vous inscrit sur une liste d’attente qui est souvent bien longue !

Nouveau témoignage

Tournée du mardi 07 février 2012
(une soirée qui, si elle fut apparemment plus calme, ne doit pas nous leurrer : la détresse dans la rue, est bien réelle, mais n’en est que mieux cachée, lorsque les températures se font particulièrement basses. )

C’est donc par une température glaciale, – comme les jours précédents -, que Franco et moi, avons tourné seul dans les rues du centre-ville.
Nous rencontrerons 19 personnes.
Merci à Maggy, qui une fois encore nous a gâté : pain, charcuterie, fromage, beurre, café, gaufres, gants, etc…

Bas de la rue Saint-Gilles  :
Michaël
soucieux, gravit la rue St Gilles d’un pas pressé : Il s’excuse mais aimerait rejoindre l’abri de la caserne. Nous l’y encourageons.
Jeanne et Joseph sont contents de nous voir. Au menu : écoute et ravitaillement, notamment une paire de gants pour Joseph en remplacement des siens qui sont troués. Jeanne semble plus heureuse ce soir, que lorsqu’on la rencontre en présence de celui avec qui on la voit habituellement. Apparemment, ils ont un abri pour cette nuit. Arrive Sam : Il est sans gants aussi et recevra des moufles bien épaisses qu’il apprécie vraiment.
 

Un peu plus loin que le Forum, qui libère la foule venue assister au spectacle :
Norbert déambule le regard vide mais l’allure décidée, c’est d’un air assez désolé qu’il poursuit sa route en nous disant : « Je suis pressé. »
Fernand, dans sa chaise roulante, en plein courant d’air, ne veut rien… Il est angoissé ; il n’a qu’une seule idée en tête : il attend anxieusement un copain qui n’arrive pas, tandis qu’il voudrait rejoindre au plus tôt l’abri de nuit du CPAS. Je hasarde une réplique :
Si je serais dans le cas, à choisir, je préférerais la sécurité et la chaleur de l’abri de nuit !
Je crois que Fred n’était pas en état d’entendre. Il me fait toujours pitié et je pense que cela ne doit pas être facile de l’aider.
Arrivent ensuite les habitués…
Le trio : John, Bernard et Jean-Paul (de vrais buveurs de café : un thermos pour eux trois ! Malgré le froid, ils sont de bonne humeur. Un passant glisse discrètement un billet de 20 € dans la main de John en disant :
« C’est pour vous, pour vous acheter quelque chose de chaud ! »
Les connaissant, je suis sûr que le partage sera fait. Salvatore, Charles, puis  Christian, vinrent grossir le groupe, Arrive ensuite Vincenzo et son chien. Vincenzo demande du sucré mais pas de gaufres ni croissants. N’ayant rien d’autre à lui proposer, il s’éloigne rapidement. S’amènent ensuite Jérémy et Louis. Tout ce beau monde est content de nous voir : le cacao chaud eut beaucoup de succès ; le café et la soupe furent moins demandés. Le chien de Louis se délecta d’un bol de lait qui se vida en un temps record. Sandwiches, croissants et gaufres furent aussi apprécié, mais ce dont ils se sont le plus réjouis : ce sont les gants fourrés (à 1€) de Maggy ! Je lui demanderai, où elle s’est approvisionnée… En espérant qu’il en reste !
Je pense qu’ils ont tous reçus une paire. John est tout content, car il a reçu les plus flashant !

Nous voyons Place Cathédrale, une voiture coffre ouvert et une certaine animation. Je me dis : Voilà sûrement encore des braves gens qui, vu les conditions atmosphériques, ont décidé d’aider les sans-abri… En effet, un petit maghrébin s’approche de nous avec deux bols de soupe en main. Je repense à cet instant à Mounir, qui m’avait contacté pour pouvoir, faire partie des sentinelles, avec quelques copains. Dès le départ, j’ai trouvé très chouette, l’idée  d’être soutenu par de jeunes magrébins. C’était donc bien le Mounir auquel je pensais qui est venu, très sympathiquement offrir de la soupe. Nous avons parlé et je lui ai promis de le recontacter.
Arrive à son tour Tanguy, qui une fois ravitaillé, s’esquive le regard angoissé
Max l’épileptique s’approche à son tour, furtivement. Lui aussi  repartira aussi vite sans demander son reste ; lui aussi avait le front soucieux… Inutile de vouloir les retenir dans ces moments-là.
Nous remontons la rue des Dominicains : personne.
A la banque Dexia : Alberto (gêné d’être surpris, alors qu’il était occupé à sa petite préparation) et Dan, qui souhaite recevoir une couverture… mais seulement demain, parce que cette nuit, il dort chez Alberto. OK Chantal ? Nous conversons assez longtemps avec eux ; notamment sur l’accueil soi-disant inconditionnel et anonyme de Thermos. Alberto prétendit que ce n’est pas le cas : même si vous choisissez un nom d’emprunt, on peut retrouver votre vrai nom, avec votre n° d’inscription  de l’abri du CPAS.

Ndlr  : C’est une des raisons pour laquelle une partie des sans-abri ne rejoint pas les abris officiels. Une autre raison évoquée par Bernard, c’est l’impression de se retrouver enfermés comme dans une prison.

Sur le chemin du retour, nous ne rencontrerons plus personne ; nos sacs étant quasi vides, c’est peu avant 23h que se clôtura la soirée.

P.S.  : Au moment d’écrire ces lignes, je me suis renseigné sur la situation à  Thermos, hier soir : 28 sans-abri sont rentrés à l’abri ; une personne à été orientée vers la caserne ; une autre vers l’abri de nuit du CPAS, et c’est tout ! Ouf tout le monde a été casé ! ?
Oui et non…
Oui, tous ceux qui se sont présentés à l’abri, ont obtenu satisfaction.
Non, tous les sans-abri ne rejoignent pas les abris, même lorsque les conditions climatiques sont au plus défavorables ! D’où la sempiternelle question : Pourquoi ?
Répondre à cette question, tout en apportant les éléments nécessaires pour rejoindre les sans-abri dans leurs besoins, n’est ni plus ni moins un grand pas en avant dans la lutte contre la détresse et la précarité de rue… Mais à l’heure d’aujourd’hui, il n’y a pas encore de volonté réelle, pour aller dans cette direction. Le chemin semble encore bien long, mais l’espoir subsiste…

On y reviendra !

                                                                                                                      André

 

Mais comment se relever, quand les mots font défaut ?

Gérard De Coninck, un ancien directeur de prison, raconte…

Faudra-t-il encore s’étonner de fréquents aller-retour « La rue-Lantin / Lantin- La rue » ?… avec parfois un passage-éclair dans un centre de cure  ?

Prisons :  » On a perdu la guerre de la drogue  »