Ils ont osé !

Cette semaine-là, au camp des indignés du Thier à Liège, deux fois les policiers sont passés pour signaler aux campeurs qu’ils doivent évacuer le camp pour lundi.
Grosse panique parmi les sans-abri : Où allons-nous aller ? 
On s’énerve et on s’agite. Il n’y a plus à hésiter. Il faut aller trouver le bourgmestre.
Ils sont tous d’accords, mais personne n’ose. Chacun trouve une excuse, une échappatoire pour éviter la confrontation.
Je parlemente avec eux, et leur donne rendez-vous le lendemain à l’Hôtel de Ville : Je serai là et je vous accompagnerai…  
              
                                                                                                          * * *

A l’heure convenue, ils étaient deux à être descendu à pied, du Thier à Liège. Deux seulement à avoir osé le déplacement, au petit matin. Nous sommes reçus par Monsieur Minet, Chef de Cabinet du Bourgmestre, par Monsieur Ovart Directeur des Services sociaux, et ensuite par Madame Hodeige, responsable des Services sociaux.
Après moult explications, sur une double problématique (celle du logement et celle de la mise en ordre de leur situation sociale), un rendez-vous est donné pour le lendemain, pour entamer des démarches de régularisation avec des assistants sociaux. 
                                                                                                         
                                                                                                           * * *

Le lendemain, ils étaient cinq sans-abri à stresser au 8ème étage de la Tour Administrative.
Les discussions vont bon train. Les sans-abri insistaient beaucoup sur l’urgence de trouver un toit et sur l’importance de garder ce petit groupe intact. Il s’est soudé de par les mêmes besoins de chacun, comme une seule et même personne. Puissent-ils dès lors, se retrouver sous une même toit. Les responsables communaux avaient l’air sceptique. J’ai donc rappelé la détresse qui est la leur : fragilisées et exclues pour quelque raison que ce soit, ces personnes se retrouvent seules et sans repères. Elles ont besoin de relations, d’une communauté pour vivre. La rue finit par devenir leur communauté. Paradoxalement, le jour qu’ils obtiennent un logement, ils se retrouvent à nouveau seuls, entre quatre murs, et avec des responsabilités qu’ils ne sont plus capables d’assumer, et ils n’y restent d’ailleurs jamais longtemps.
D’où ce désir viscéral de rester groupés, exprimé avec force par Chris. Cette peur de la solitude, Mme Hodeige l’a bien comprise, en évoquant les maisons communautaires. Je pense aussi que c’est là que réside une vraie solution ; mais les caser tous au même endroit est une difficulté majeure. Les coups de téléphone ne manquent pas… Nous avions insisté auprès de Mr. Ovart pour que dans l’urgence, il obtienne du Bourgmestre, un délai supplémentaire à leur implantation sur le site du Thier à Liège. 

                                                                                                           * * * 

Il est vendredi, presque midi… L’administration va bientôt fermer ses portes. L’espoir de trouver une solution devient très mince. Tout ne dépend plus que du téléphone !
12h45 ! Le téléphone sonne…  La nouvelle salvatrice libère : C’est d’accord, vous pourrez rester au camp, le temps qu’une solution soit trouvée.  

               
                                                                                                         * * *

On m’a souvent dit qu’il ne faut jamais prendre des mouches avec du vinaigre, autrement dit, il vaut donc mieux caresser dans le sens du poil, l’animal que l’on aimerait apprivoiser !  
Et donc, il m’a paru opportun d’envoyer un petit mot  de remerciement à ces administratifs, un peu bousculés dans leur quotidien, pour la patience et la persévérance dont ils ont fait preuve, face à des citoyens quelque peu atypiques, hors-normes ! (à lire dans un commentaire à cet article)

              
                                                                                                         * * *

Aujourd’hui, l’été indien est passé. Les premiers signes de l’automne se sont manifestés sans trop de ménagements pour les sans-abri. C’est ainsi que d’eux-mêmes, ils ont quitté le camp, pour Dieu sait quel autre refuge.
Je ne sais pas où en sont les démarches : ni celles des uns, pour se mettre en ordre sur le plan social ; ni celles des autres, pour trouver une solution qui agrée les premiers.

J’espère ne pas les retrouver dans la rue !

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3 responses to this post.

  1. Posted by André on 12 octobre 2011 at 18 h 05 min

    Copie d’un mot de remerciement aux responsables du Service social de la Ville de Liège, qui se sont sont occupé d’une poignée de sans-abri, en quête d’un toit..

    Je tenais à vous remercier. C’est un premier pas, hautement apprécié par ceux qui ont eu un grand courage pour oser descendre jusqu’à vos services, avec la crainte de se jeter dans la tanière du loup. Vous aurez probablement constaté dans la voix de Chris, toute la détresse et l’angoisse d’un avenir incertain, un avenir qu’il n’imagine pas sans ses potes, ses compagnons de galères, allant jusqu’à se tracasser plus pour eux que pour lui-même. Le sans abri est ainsi fait. Regardez par exemple ceux qui ont pour compagnon un chien : un moment donné dans leur vie, comme ils se sont senti abandonnés de tous, ils ont mis toute leur confiance en un animal sur quatre pattes, qu’ils ont adopté. On a souvent pu constater que l’animal passait avant eux :
    Une seule couverture de disponible, et c’est pour le chien. Pour la nourriture, c’est pareil. C’est dire que la plus grande souffrance d’un sans-abri, c’est le manque d’amour et d’affection avant tous les autres manques. D’aucuns rétorqueraient que leur plus grand besoin, c’est d’assouvir leur toxicomanie et leur alcoolisme.
    Je crois qu’au départ, c’est une manière d’oublier et de noyer son chagrin. Avez-vous déjà vu la manière dont leur cannette de bière est serrée dans leur main ? Comme dans un étau, pour ne pas perdre la pièce ; comme une bouée de sauvetage, à laquelle ou s’agrippe ; comme la dernière chose qui peut encore les sauver !
    Mais voilà, ils sont très vite pris dans l’engrenage et ne savent plus s’en sortir…

    Bref, tout cela pour dire que ce sont de pauvres gars qui méritent qu’on les aide.
    Un grand pas a été fait aujourd’hui. Ils ont repris confiance en eux et en l’administration, dont vous êtes les représentants. Mais le chemin est encore long. Les idées ne manquent pas non plus et donc nous nous reverrons encore quelquefois. Avec d’autres amis bénévoles : les Sentinelles de la Nuit (voir notre blog ci-dessous), aiderons et accompagnerons au mieux ces écorchés de la vie, afin déjà qu’ils aillent au bout des démarches et procédures, qui devraient leur permettre de mieux vivre.

    Merci encore

    Réponse

  2. C’est vraiment super ANDRE.En esperant que cette action porte ses fruits.
    martial

    Réponse

  3. Petit bémol Martial : cette lettre est restée sans suite. Je conçois que si la messagerie électronique possède de fameux avantages, elle présente aussi certains revers : si l’on n’y fait pas attention, on peut vite être noyé sous la masse de courriels entrants et à l’opposé, un trop grand filtrage risque de vous envoyer pas mal de courriels parmi les indésirables.

    Réponse

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