J’ai perdu mes clés

Andrée nous confie une histoire poignante, celle d’un cercle vicieux qui peut pousser quelqu’un dans la rue.  Personne ne mérite la rue, mais parofois la rue se transforme en planche de survie avec ses pudeurs, ses coups de gueule, sa violence, sa tendresse parfois. 

Andrée n’a jamais rencontré les sentinelles, parce qu’elle se cachait, et si d’aventure elle avait croisé les sentinelles, elle aurait pu dire « J’ai perdu mes clés » pour pouvoir passer inapercue, comme quelqu’un de normal quoi. Quelqu’un de normal a un toit dans l’inconscient collectif.

Lire le témoignage complet d’Andrée

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3 responses to this post.

  1. Posted by Andrée on 17 septembre 2011 at 16 h 25 min

    Une petite anecdote à propos de l’inconscient collectif: Fin octobre, j’étais à l’abri de nuit, et depuis quelques jours j’avais des difficultés respiratoires, au point qu’il me fallait facilement 15-20 minutes pour défaire mon lit (je transpirais, j’étais essoufflée, je devais m’arrêter plusieurs fois, etc), il me fallait un temps fou pour aller de l’abri de nuit à l’accueil botanique, en m’arrêtant plusieurs fois. Bref, j’avais vraiment un problème, et je décide de monter aux urgences de la Citadelle (en bus, évidemment!).
    Arrivée là, je fais que je fais une crise d’asthme (ça m’était déjà arrivé avant), on me demande mes coordonnées et j’explique que pour l’instant je n’ai pas vraiment d’adresse, qu’ils devront un peu patienter pour m’envoyer la facture.
    J’étais rouge, je transpirais, j’avais d’autres symptômes caractéristiques d’un problème cardiaque ou… d’un problème d’alcoolisme.
    Le premier soir, une infirmière me dit qu’elle va m’ajouter un médicament pour que « mon problème avec l’alcool » ne m’empêche pas de dormir. Très surprise, je lui demande de quel problème elle parle, vu que je ne bois pas…
    Réponse : Mais si, vous buvez !
    Ma réaction : Je bois de l’eau, parfois du coca, mais pas d’alcool (et je réfléchis : l’alcool, finalement, c’est du sucre fermenté… Le coca est sucré… J’ai peut-être un problème de digestion qui fait que le sucre fermente dans mon estomac, et m’alcoolise sans que je m’en rende compte… Oui, je sais, j’ai parfois des idées bizarres).
    Elle insiste : vous savez, c’est un problème médical comme un autre, vous n’avez aucune raison d’être gênée, nous sommes là pour vous aider. Je ne vous en donne pas pour l’instant, mais si vous changez d’avis vous pouvez toujours nous le demander, même en pleine nuit.
    Je remercie, dis que ce ne sera pas nécessaire.
    Un peu plus tard, l’infirmière de nuit me propose la même chose. Devant mon étonnement (et mon énervement, parce que moi j’étais là pour un problème respiratoire, rien d’autre) elle me dit : Je vois ici que vous êtes SDF…
    Je lui réponds qu’effectivement j’ai dû déménager en urgence, et que j’ai quitté mon ancien appartement avant d’avoir trouvé le nouveau, mais que ce n’était que provisoire.
    Sa réaction : il y en a qui sont « provisoirement » à la rue depuis des années, alors fatalement comme ils n’ont rien de mieux à faire, ils finissent tous par se mettre à boire. Dès qu’ils arrivent ici, ils ont leurs copains qui viennent les ravitailler et boire avec eux dans la chambre.
    Je persiste dans mon refus…
    On surveille mon rythme cardiaque, très irrégulier, on me demande de me calmer (essayez de vous calmer avec quelqu’un qui vient régulièrement vous dire « Arrêtez de vous énerver, et avec une machine qui fait un boucan infernal chaque fois que vous faites un mouvement).
    Après 3-4 jours, comme ça ne s’améliorait pas alors que je n’avais rien bu (ça aussi, on l’avait surveillé…), ils se sont dit que finalement, j’avais peut-être un « vrai » problème cardiaque.
    Effectivement, mon asthme était d’origine cardiaque et pas pulmonaire, je souffrais d’arythmie et d’insuffisance cardiaque.

    Je suppose que si j’avais donné mon adresse officielle sans raconter ma vie (et tant pis pour leur facture…), on m’aurait directement dirigée en cardiologie…
    Mais les SDF, comme chacun le sait, sont tous nécessairement alcooliques !

    Réponse

  2. Je lis seulement cet article maintenant, Andrée.
    Ne lisant que le titre, je pensais que c’était ton témoignage que j’avais déjà lu !
    Et finalement, j’ai lu ce nouveau témoignage.

    C’est tout de même incroyable comme le monde des humains est enfermé dans ses préjugés. Là aussi il y a un gros travail à faire, pour ouvrir les esprits.

    J’espère que ta santé et ta situation sociale se sont améliorées.

    Réponse

  3. Que peut-on dire après cela ? De l’argent trouvé pour sauver les banques (parce que cela mettrait toute l’économie en danger) mais aucune conscience de ce que nous sommes tous en train de faire de cette « humanité ». Pus facide de penser que cela ne risque pas de nous arriver, d’entretenir l’idée qu’un SDF est forcément alcoolique, voleur et menteur mais sûrement pas honnête…Cela donne bonne conscience et évite de s’en préoccuper.
    Pas fière de faire partie de cette société !
    Persuadée qu’un de ces jours, les choses vont devoir bouger, les gens vont réagir, le couteau sous la gorge mais là ! Cela ne va pas être beau à voir…A la mesure de tout ce qu’on essaye de nous faire gober sans retenue….
    Je salue le courage d’Andrée.

    Réponse

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